Alex Skolnick de Testament et Fernando Ribeiro de Moonspell nomment les livres les plus « metal » qu’ils aient jamais lus

Les Livres les Plus « Metal » Selon Fernando Ribeiro et Alex Skolnick : Une Passion Littéraire au Rythme du Heavy

Dans un épisode récent du podcast Side Jams With Bryan Reesman, le chanteur de Moonspell, Fernando Ribeiro, et le guitariste de Testament, Alex Skolnick, ont partagé leur amour des livres. Loin des amplis et des riffs endiablés, ces deux figures emblématiques du metal se sont plongés dans une discussion passionnante sur les ouvrages les plus « métalliques » qu’ils aient lus. Des récits extrêmes aux épopées philosophiques, leur sélection révèle comment la littérature peut résonner avec l’intensité du genre musical qu’ils chérissent.

« Naked Lunch » : L’Origine du Heavy Metal en Pages

La conversation a vite dérivé vers Naked Lunch de William S. Burroughs, un classique de la beat generation. Fernando Ribeiro l’évoque en premier : « Par exemple, Naked Lunch… ». Alex Skolnick, amusé, réplique immédiatement : « C’est drôle, c’est le premier qui m’est venu à l’esprit. » Le Portugais poursuit en soulignant l’importance historique du livre : il contiendrait l’une des premières occurrences de l’expression « heavy metal », bien que certains l’attribuent aussi au réglage des cordes épaisses de Led Zeppelin. « Ce n’est pas mon domaine, mais je pense que l’expression heavy metal y sommeillait déjà », confie-t-il.

Pour Alex, l’œuvre est un condensé d’extrémisme littéraire. « C’est un peu en dehors des sentiers battus, un peu loin, mais si extrême. Si vous pouviez canaliser l’intensité du metal extrême dans un livre, ce serait définitivement Naked Lunch. » Cette coïncidence révèle une affinité profonde entre les deux musiciens pour les textes qui défient les normes, tout comme le metal repousse les limites sonores.

Épopées Symphoniques et Alliances avec le Diable

Fernando élargit le spectre en évoquant J.R.R. Tolkien comme une influence évidente pour le symphonic ou power metal, avec ses mondes vastes et mythiques. Il se tourne ensuite vers la littérature allemande, qu’il apprécie pour son « épicité » si chère au metal. Parmi ses favoris : Thomas Mann et Günter Grass. Mais c’est Faust de Goethe qui remporte la palme pour lui. « C’est un livre très, très heavy metal », affirme-t-il. L’histoire regorge d’ingrédients typiques du genre : une quête épique, l’amour et le désir d’être aimé, un pacte avec le diable, et une rédemption finale. « En plus de Naked Lunch, mon choix serait Faust de Goethe », conclut Ribeiro.

De son côté, Alex opte pour un contemporain plus moderne : White Noise de Don DeLillo. Ce roman décrit un événement cosmique indescriptible, une catastrophe aérienne toxique qui évoque presque une pandémie sans en être une. « C’est bizarre, presque comme une pandémie mais pas tout à fait », se souvient-il. Fernando rebondit sur l’auteur en mentionnant son dernier roman, Silence, récemment paru au Portugal. L’intrigue se déroule lors d’une panne d’électricité massive à Chicago ou New York, explorant la désintégration de la communication. « Ce n’est pas sur les vertus de la panne, comme nos blackouts récents au Portugal et en Espagne où les gens se réunissaient pour jouer aux cartes à la lueur des bougies. Non, c’est sur la folie et le vide qui s’installent quand les connexions s’effondrent », explique-t-il.

Rencontres Inattendues et la Philosophie de la Lecture

Alex Skolnick n’hésite pas à partager une anecdote savoureuse sur sa passion pour les livres. Lors d’un événement littéraire à New York, il croise par hasard Margaret Atwood, l’autrice de La Servante écarlate. « Elle m’a attrapé le bras et m’a traîné vers un stand », raconte-t-il. Il s’agissait d’une plateforme numérique, une sorte de précurseur de Zoom, permettant des signatures personnalisées envoyées par courrier. Sur l’écran : Michael Chabon, auteur de Telegraph Avenue et grand fan de Rush – ce que Skolnick, lui-même admirateur du groupe progressif, apprécie particulièrement. « J’ai eu une brève conversation avec lui ; il portait même un t-shirt de Rush. En quelques minutes, Margaret Atwood et Michael Chabon sur le même écran ! »

Sur son site officiel, Alex a déjà exprimé sa vision des livres comme d’un « supplément vitaminé pour l’esprit ». « Chaque bon livre est comme un entraînement, un repas sain qui renforce l’esprit plutôt que le corps », écrit-il. Il regrette son éducation à Berkeley, où la lecture était imposée sans lien avec la vie contemporaine, limitant les auteurs à Hawthorne, Dickens ou Twain. Adulte, il savoure les ouvrages qui « narrent une histoire mais challengent la pensée conventionnelle et s’élèvent au-dessus de la médiocrité sociétale ». Pour lui, ces livres inspirent, défient et élèvent.

Fernando Ribeiro, quant à lui, porte une empreinte littéraire indélébile. Ancien étudiant en philosophie à l’Université de Lisbonne – avec le rêve avorté de devenir professeur de lycée –, il a publié trois recueils de poésie : Como Escavar Um Abismo (2001), As Feridas Essenciais (2004) et Diálogo De Vultos (2007). Son unique recueil en prose, Senhora Vingança (2011), témoigne de sa veine narrative. Il a contribué à A Sombra Sobre Lisboa, un projet collectif d’histoires lovecraftiennes transposées dans la capitale portugaise, et a écrit les introductions pour The Best Stories Of Howard Phillips Lovecraft (2005). Il a même traduit la biographie en bande dessinée Lovecraft en portugais.

Cette discussion entre Ribeiro et Skolnick illustre parfaitement comment le metal et la littérature se nourrissent mutuellement d’extrêmes et de profondeurs. Pour les fans, c’est une invitation à plonger dans ces pages « métalliques », où les mots rugissent aussi fort que les guitares.

Écoutez l’épisode complet sur le podcast Side Jams With Bryan Reesman pour plus de détails.