Sex Shop Mushrooms – 131217

Certains albums exigent de la patience, tandis que d’autres te frappent en plein visage dès l’ouverture. Avec leur second opus, 131217, édité en autoédition le 30 janvier 2026, le quatuor Sex Shop Mushrooms opte sans hésiter pour la seconde option. Un univers de plaies ouvertes, de riffs imprégnés d’humidité des sous-sols pigallisants et de chœurs vociférés au plus près des enceintes. Pas d’introduction interminable ni de thématique étirée à l’extrême : une petite demi-heure de tension palpable, où transparaissent l’anxiété quotidienne, une brutalité tangible et des réminiscences qu’on voudrait reléguer aux oubliettes, mais qui resurgissent au premier accord.

Le groupe originaire de Paris ne vise pas à révolutionner le grunge ; il le dépoussière pour l’ancrer dans l’actualité, au croisement de contrôles musclés, d’amours qui s’effondrent et de corps qui résistent.

Grunge souterrain, tensions exacerbées
« Help Me I’m Cumming » lance les hostilités sur un riff lourd et basique, interprété avec une ferveur juvénile trop rare de nos jours. « Juicy Victim » et « Quality Wine » enfoncent le clou, dans la veine de Nirvana à l’époque de Bleach : gratteux aux guitares, basse sournoise, batterie incisive menée par Giulia, le tout taillé pour les clubs les plus cacophoniques de la capitale. « Nice Place To Die » révèle une autre dimension : la voix de Timothée se brise, plus vulnérable, pour livrer un refrain rassembleur, idéal pour les cris rauques et les foules en transe.

Le tournant s’opère avec « Scam », où la formation transcende la simple imitation grunge. Le titre s’appuie sur un rythme implacable, la basse de Cyprien agissant comme un engrenage essentiel. Ajoutez à cela des strophes aux accents post-punk rappelant les débuts de The Cure, une intensité post-hardcore à la Fugazi, et un refrain massif qui impose sa loi. « Mush » plonge ensuite dans la boue absolue, évoquant un espace confiné et moisi aux parois qui s’érodent. Au-delà d’un simple exutoire, c’est un rejet catégorique des inégalités, du machisme et de ce poison sociétal qui prolifère sans relâche.

L’envie de crier sa rage
Le titre phare « 131217 », nourri par les exactions des forces de l’ordre, progresse comme une procession oppressante, portée par les riffs agressifs de Victor et Timothée, et hantée par des éclats de mémoire qu’on préférerait effacer. Sans prêchi-prêcha, juste des visions persistantes qui s’impriment longtemps après l’ultime note. « Dissonance » creuse plus loin ce sillon hybride entre grunge et post-hardcore : un inconfort revendiqué, des variations de tempo et une fin punk déchaînée dans un chaos sonore. On y décèle la bataille contre la mélancolie et la pression du « tout va bien », cette cassure intime qui nomme le morceau.

Enfin, « Today My Girlfriend’s Dead » achève l’ensemble en apothéose, à la fois destructrice et irrésistible. Une basse évoquant « Heart-Shaped Box », des lignes mélodiques presque accessibles, des touches punk aux guitares, un groove grunge et des ruptures hardcore : théoriquement disparate, cela fusionne à la perfection. Les crescendos vocaux de Timothée tranchent avec le ton général, ce qui amplifie l’effet du morceau. Un pic émotionnel qui referme un disque chargé à bloc.

En somme, 131217 est un cocktail explosif qui relate autant qu’il proteste : chronique d’un temps fracturé, hurlement face aux diktats oppressifs et aux déséquilibres qui s’empilent. Une bouffée de vitalité impulsive dans un milieu musical souvent aseptisé, où l’on préfère arrondir les aspérités. Le mixage et le mastering confiés à Jack Endino, pilier du grunge seattleite, accentuent cette quête d’un son cru, sale, sans concessions. C’est une offre rock primal, éclectique et rugueux, reflétant une génération dont les marges de manœuvre rétrécissent, mais qui garde la tête haute. Et derrière la vase, pointe un désir de vie qui affleure, démontrant que la rébellion orpheline d’espoir n’est que vacarme. À bas les stéréotypes, vive les énergies locales !

Nos coups de cœur
Scam
Today My Girlfriend’s Dead
Nice Place To Die