Mayhem – Liturgy Of Death
Quarante années après avoir allumé la étincelle qui a embrasé la seconde vague du black metal, Mayhem ressuscite avec Liturgy Of Death, comme si l’on déverrouillait une sépulture oubliée. Ce septième opus studio prolonge fidèlement l’imposant Daemon de 2019, en offrant une cinquantaine de minutes de black metal impitoyable, porté par le trio indéfectible Attila, Hellhammer et Necrobutcher, toujours aussi résilients et belliqueux. L’intention reste ancrée dans les racines : choquer, souiller, subjuguer.
Un dédale auditif
Dès l’introduction, l’auditeur se retrouve piégé sans avertissement. L’ambiance se resserre tel un caveau, et l’intervention de Garm (Ulver, alias Kristoffer Rygg), convié à cette nécrologie, opère comme une convocation. Son retour dans l’univers du black metal, qu’il avait délaissé depuis longtemps, confère une aura presque rituelle à l’ensemble, évoquant une assemblée clandestine.
Les huit compositions étirées (entre cinq et sept minutes) forment un labyrinthe délibérément étouffant. Chaque riff est forgé pour égarer. Le tandem Ghul et Teloch, désormais libéré de l’influence de Blasphemer, délivre des guitares d’une exactitude diabolique. Les accords mordants, les solos acérés et les thèmes infernaux déchirent la texture sonore (« Despair », « Funeral Of Existence »). Les guitares ne saupoudrent pas : elles creusent des brèches.
Hellhammer, pilier aux baguettes, déchaîne une fureur impressionnante. Ses basculements rythmiques soudains et ses salves ultra-rapides (« Propitious Death » ou « Aeon’s End ») ne visent pas la virtuosité gratuite, mais une destruction cérémonielle. C’est un battement surhumain, calculé, qui broie toute opposition.
La ligne de basse de Necrobutcher, nettement audible dans un style qui la noie souvent, serpente en profondeur comme une force indépendante. Sur « Realm Of Endless Misery », un passage bascule l’album dans une boue infernale : riff visqueux, avancée sinueuse, pendant qu’Attila vomit sa rage en une langue fourchue démoniaque. Sa prestation vocale défile comme un bestiaire d’exorcismes : murmures obsédants, hurlements sacrés, formules fantomatiques. Il n’interprète pas : il célèbre un culte.
Une cérémonie implacable
Liturgy Of Death rejette toute idée de piste détachée. Pas de tube accrocheur, pas de répit harmonieux. L’album s’articule comme une marche funèbre, un conduit compact et impénétrable. Chaque morceau marque une phase d’une plongée structurée vers l’obscurité. Les atmosphères s’enchaînent avec une rigueur conventuelle. L’auditeur ne navigue pas d’une chanson à l’autre, mais progresse au cœur d’un office ininterrompu.
Cette veine rituelle culmine à la clôture de « The Sentence Of Absolution ». Un tempo ancestral, frisant le vaudou, émerge tel un ballet occulte. Le pouls aspire le tout vers les abysses, progressivement, inéluctablement, jusqu’à ce que l’opéra s’éteigne comme une flamme submergée dans le vide. Ce n’est pas une fin, mais un enterrement.
La braise originelle persiste
L’étincelle des années 90, celle qui avait stupéfié la planète, couve toujours, mais enrichie d’une intensité accrue. Moins anarchique, plus solennelle et ritualisée. Une évolution qui n’adoucit rien et affine l’ombre.
Liturgy Of Death n’accorde aucune issue. Il entraîne l’auditeur dans une eucharistie hivernale dont on émerge altéré, comme après avoir osé un passage prohibé. Mayhem consolide sa position de grands officiants du désordre, aptes à refaçonner l’obscurité qu’ils ont aidé à invoquer.
Nos coups de cœur :
Realm Of Endless Misery
Propitious Death
Despair
