Avis – Paix en Place

Poison the Well : « Peace In Place », un retour audacieux et intemporel dans le metalcore

Après une absence de 17 ans des studios, les Floridiens de Poison the Well reviennent avec Peace In Place, leur sixième album studio, sorti en 2024. Pionniers du metalcore au début des années 2000, le groupe n’a jamais vraiment suivi les sentiers battus d’un genre qui, à l’époque, virait souvent à la conformité formatée. Avec cinq albums marquants et une multitude de concerts intenses, ils ont injecté une dose d’originalité salvatrice dans une scène en pleine standardisation. Leur dissolution, peu après l’excellent The Tropic Rot de 2009, semblait autant un repli stratégique qu’une pause prématurée. Des retrouvailles live sporadiques plus tard, Poison the Well s’engage enfin dans la création d’un nouveau chapitre, et Peace In Place en est le résultat : un disque qui snobe allègrement les tendances actuelles du hardcore commercial, affirmant le retour d’une formation farouchement indépendante.

Parmi les premiers à exiger plus du metalcore que des riffs prévisibles et une énergie brute sans nuance, Poison the Well opère un comeback en tant que vétérans respectés. La bonne nouvelle ? Ils sonnent toujours aussi uniques. Leur fusion intuitive de metalcore, post-hardcore et influences imprévisibles – du post-grunge au post-punk – a anticipé bien des hybridations cross-genres qui ont fleuri en leur absence. Peace In Place détonne par son anachronisme assumé : c’est une déclaration fraîche d’un groupe sans véritables rivaux, une alternative non marchande au metalcore tape-à-l’œil, souvent plus obsédé par les likes sur les réseaux que par une créativité authentique. Pas question ici d’un projet arty obscur et élitiste ; dès l’ouverture avec « Wax Mask », cet opus chevauche la ligne entre accessibilité et expérimentation volontaire, avec des morceaux qui refusent l’immobilité et une atmosphère d’invention fiévreuse, assez proche des cinq prédécesseurs pour ravir les fans de longue date.

Cet album est parfois déconcertant, mais délicieusement bizarre. Sur des titres comme « Wax Mask », « Primal Bloom » ou « Everything Hurts », le quatuor déploie un mélange affiné de riffs metalcore croquants, de mélodies post-tout-venant étourdissantes et de dissonances inquiétantes. La voix passionnée de Jeffrey Moreira, alternant cris rauques et passages cleans élégants, guide l’auditeur à travers un paysage en perpétuelle mutation, fait de rudesse inventive. L’expérimentation qui caractérisait leurs œuvres ultérieures resurgit avec force : des teintes subtiles de surf rock s’invitent dans « Thoroughbreds », tandis que « A Wake Of Vultures », point culminant de l’album, s’achève sur un coda dreamy et atmosphérique. Sur le somptueux « Drifting Without End », chargé d’émotions explosives, ils explorent des territoires post-grunge excentriques et fascinants. Quant à « Bad Bodies », c’est une urgence post-punk explosive qui évoque un Turnstile maléfique.

Les riffs abondent, quoique tournés vers l’obscur et le dissonant, et des chansons comme « Melted » ou « Weeping Tones » offrent des pics de furie moshpit-friendly pour équilibrer l’aspect artistique dominant. La clôture avec « Plague Them The Most » intrigue particulièrement : les fondateurs Ryan Primack (guitares) et Chris Hornbrook (batterie) tordent leur propre formule en formes inédites, exploitant un esthétique quiet/loud familière pour créer une musique bien plus déstabilisante que lors de leur pic commercial avec You Come Before You en 2003.

Toujours frais et sans peur, Peace In Place s’imposera sans doute comme un disque à maturation lente. Peu de moments rappellent le metalcore traditionnel, et même les accroches les plus percutantes surgissent d’angles inhabituels, dans des contextes excentriques. Mais en tant que retour courageux et captivant, il devrait enchanter les fidèles et attirer de nouveaux adeptes dans l’univers musical idiosyncratique de Poison the Well. Un must pour quiconque cherche de la substance au-delà des apparences.

Découvrez l’album via ce teaser : YouTube – Poison the Well – Peace In Place