Temple of Void – Critique de « The Crawl »

Chronique d’album : Temple of the Void explore de nouveaux horizons avec « The Crawl »

Temple of the Void n’a jamais vraiment suivi une seule voie, même si leurs débuts laissaient penser le contraire. En 2014, leur premier album plongeait dans un croisement boueux entre le death metal old-school et un doom au ralenti, un son qui semblait exhumé de la terre plutôt qu’enregistré en studio. En 2017, avec Lords of Death, le groupe accentuait le côté death metal tout en conservant cette lourdeur étouffante. Puis, en 2020, The World That Was ouvrait l’espace : plus d’atmosphère, plus d’étendue, des indices d’une ambition plus vaste.

L’album de 2022, Summoning the Slayer, représentait un pas de côté. Épuré, il cognait fort mais ne marquait pas autant. Les morceaux fonctionnaient, sans pour autant s’attarder en mémoire. Pour un groupe bâti sur la tension et la crasse, cela semblait un peu trop prudent.

The Crawl, le nouvel opus, marque un renouveau. Nouveau bassiste, nouvelle dynamique. Moins d’obsession pour les frontières de genres, plus d’attention portée à des compositions lourdes qui avancent vraiment. Et ça paie : l’album respire une énergie qui le propulse.

L’ouverture avec « Poison Icon » frappe d’entrée. Pas seulement du doom ou du death pur, mais quelque chose de plus souple. Un pouls hard-rock affleure, une énergie fébrile qui évite l’immobilisme. Plus lumineux que prévu, il atterrit malgré tout avec une force incontestable. Pas le Temple of the Void le plus sale, mais efficace.

« Godless Cynic » replonge dans les ténèbres. Les riffs sont tendus, presque vivants, s’enroulant autour de la batterie tandis que les vocaux claquent, aiguisés et méchants. C’est là qu’on retrouve l’essence du groupe : tendu, massif, un brin déjanté. Un des sommets de l’album.

Le titre éponyme, « The Crawl », remplit parfaitement sa mission. Lent, écrasant, sans concessions. Il s’appuie sur ce stomp death-doom classique, laissant les riffs traîner les pieds de la plus belle manière. Pas de révolution ici, juste une exécution magistrale.

Ailleurs, le groupe s’étire à nouveau. « A Dead Issue » tisse une atmosphère avec des leads éthérés et une couche brumeuse, presque onirique, sous la masse. Ce n’est pas tendre – juste plus vaste. Plus d’espace entre les impacts. On sent l’effort d’élargir le spectre sans trahir les fondations.

La conclusion, « The Twin Stranger », voit grand. Durée étirée, riffs monumentaux qui s’abattent comme des enclumes. Une propulsion en avant empêche l’enlisement, même au-delà des sept minutes.

Tout n’est pas impeccable. « Thy Mountain Eternal » vise l’épique mais patine un peu. Il s’attarde trop, tournant autour d’idées sans les affûter. C’est le seul moment où l’exploration de l’album frôle le flou.

À peine plus de 40 minutes, The Crawl ne s’éternise pas. La production reste brute, percutante sans virer à la boue, et les vocaux gardent cette morsure familière – rugueux, viscéraux, en pleine face.

Ce n’est pas leur disque le plus vicieux. Ni le plus linéaire. Mais c’est un groupe qui repousse les limites, cherchant de nouveaux angles sans égarer la gravité qui les a menés jusque-là. Chez Temple of the Void, cette ambivalence – entre héritage et potentiel – reste le plus captivant.