Avis – Moteurs de Démolition
Engines of Demolition : Black Label Society, le feu inextinguible de Zakk Wylde
Dans l’univers heavy metal, peu de groupes incarnent l’énergie brute et l’indestructibilité comme Black Label Society. Fondé par le légendaire guitariste Zakk Wylde au milieu des années 90, le combo a rapidement imposé son style explosif, enchaînant sept albums studio en une décennie frénétique et squattant les line-up de tous les festivals qui comptent. Si le rythme s’est ralenti ces dernières années – entre la collaboration fidèle de Wylde avec le regretté Ozzy Osbourne et la reformation tant attendue (et réussie) de Pantera –, une chose reste immuable : l’amour viscéral de Zakk pour la musique. Ce géant barbu, à la fois virtuose virtuose et type attachant, avec son humour déjanté et son approche sans chichis, continue de captiver. Ses talents de guitariste ? Une évidence. Mais c’est surtout son âme de musicien pur qui le rend irrésistible.
Les albums plus récents de Black Label Society n’ont peut-être pas enflammé la planète comme les classiques Sonic Brew (1999) ou The Blessed Hellride (2003), mais ils ont toujours tenu la route. Cinq ans après le discret Doom Crew Inc., voici Engines of Demolition, le douzième opus du groupe. Sorti dans un contexte chargé d’émotion – avec la mort récente d’Ozzy Osbourne qui plane comme une ombre bienveillante sur chaque riff –, cet album avait tout pour virer au patchwork inégal. Au lieu de cela, il se révèle être le meilleur effort de la formation depuis plus d’une décennie. Cohérent, confiant et dépourvu des rengaines superflues qui alourdissaient parfois les disques passés, il marque un Zakk Wylde plus affûté et focalisé que jamais.
Dès les trois singles qui l’ont précédé – « The Gallows », « Lord Humungus » et « Broken and Blind » –, on sentait la tempête venir. Ces morceaux, piliers du répertoire Black Label, déploient des solos incendiaires et des vocaux qui oscillent entre fureur rauque et profondeur soul. Bonne nouvelle : les dix autres titres (sur un total de treize) maintiennent ce niveau stratosphérique, et le dépassent souvent. La recette reste fidèle à elle-même – heavy metal saignant, influences sabbathiennes et voltige guitaristiques – et c’est tant mieux. Mais ici, on trouve des pépites élégantes qui transcendent le genre.
L’ouverture avec « Name In Blood » pose les bases : un assaut musclé et mélodique, ponctué d’un solo fulgurant qui rappelle aux fans de longue date pourquoi Wylde est un sorcier des six cordes. « Gatherer of Souls » enfonce le clou avec un hommage tonitruant à Black Sabbath, pulvérisant concurrents et imitateurs dans une orgie de riffs lourds. Pour les moments plus introspectifs, « Better Days & Wiser Times » et « Back To Me » touchent en plein cœur : des ballades larmoyantes, gorgées d’émotion, avec des mélodies grandioses qui évoquent les grands espaces de l’âme rock’n’roll. Et que dire de « Pedal To The Floor », un brasier blues-metal aux poings écorchés, où Wylde livre l’une de ses plus belles explosions de virtuosité libre depuis des lustres ?
La surprise vient des trois derniers morceaux, qui culminent en apothéose. « Broken Pieces » est un tourbillon psychédélique électrisant, « The Stranger » un bloc sabbathien poli à la perfection, et la clôture avec « Ozzy’s Song » ? Une pure merveille. Cette dédicace émouvante au Prince des Ténèbres, qui propulsa Wylde vers les sommets dès la fin des années 80 avec un contrat en or massif, est d’une beauté déchirante. Même les cœurs les plus endurcis y laisseront couler une larme.
On sait à quoi s’attendre d’un nouvel album de Black Label Society : du lourd, du loyal, du Wylde pur jus. Engines of Demolition ne déroge pas à cette voie royale tracée depuis Sonic Brew. Pourtant, il s’impose comme leur disque le plus percutant depuis The Blessed Hellride, un rappel criant que l’on ne dompte pas un héros de la guitare aussi facilement. Derrière cette barbe légendaire, la magie couve encore, prête à tout ravager. Un must pour les headbangers, et une renaissance bienvenue dans un monde qui a bien besoin de ce thunder.
Tracklist :
- Name In Blood
- Gatherer of Souls
- The Hand of Tomorrow’s Grave
- Better Days & Wiser Times
- Broken and Blind
- The Gallows
- Above & Below
- Back To Me
- Lord Humungus
- Pedal To The Floor
- Broken Pieces
- The Stranger
- Ozzy’s Song
Pour un avant-goût, découvrez le trailer officiel ci-dessous. Black Label Society est de retour, et le metal n’a jamais sonné aussi vivant.
