Melissa Geurts – ‘Maintenance Mode’


L’artiste canadienne basée à New York, Melissa Geurts, crée ce qu’elle appelle des « anthems du système nerveux », inscrits dans une esthétique sombre et immersive de synth-pop. Son deuxième album, *Maintenance Mode*, explore un concept rarement abordé : cette étendue creuse et sans direction qui suit la crise passée et le travail de guérison accompli, où l’on se retrouve à attendre que son corps finisse par croire qu’il est en sécurité. « Tout le monde parle de la dépression. Tout le monde parle de la guérison », dit Geurts. « Personne ne parle de cet étrange milieu ennuyeux où vous avez fait tout le travail et maintenant vous êtes juste… là. »
Captivant par son gonflement d’intrigue rêveuse jusqu’à l’attrait passionné de l’art-pop électronique, « Not Because It’s Romantic » commence par un assortiment étourdissant de synthés escaladants — associé à un yearning vocal luxuriant pour acquérir « une maison dans les collines » où ils ne peuvent pas être trouvés. « Je suis tellement malade et fatiguée du rythme effréné », continue la voix de Geurts dans une expanse pulsante, rappelant avec tendresse les collaborations Röyksopp et Robyn par son sentiment scintillant de momentum. Des perspectives de répétition jour après jour et de désir d’isolement — « pas parce que c’est romantique » — ravissent au milieu d’un appel électro-pop accrocheur. Cela fait aussi une représentation résonnante du concept de « mode maintenance », un processus rendu plus difficile par la mundaneité quotidienne et le manque de réconfort personnel.
Le morceau suivant, « Temper Temper (Lumière Menteuse) », remue dans un royaume atmosphérique nocturne, sa basse hochant la tête et ses éclats sporadiques de synergie synthétique se combinent avec une fraîcheur vocale débonnaire, pour un son adorablement rappelant Chromatics. « Televised Advertised » canalise une fraîcheur fantomatique et suave également. « Scroler, comparer, répéter », les voix passent dans un ensemble de synthés clinquants et déformés, capturant thématiquement le flou désorientant entre liberté personnelle et manipulation algorithmique. L’inclusion de répétitions en néerlandais comme *herhaal* et *keuze* reflète cette perte d’identité. « Je ne pouvais plus distinguer quels rêves étaient les miens », dit Geurts à propos du morceau. « Le néerlandais semblait juste — comme dissocier dans ma deuxième langue. »
Le morceau-titre de l’album est un atout impressionnant tant par son flux mélodique stylé que par son envoûtement thématique lyrique. Embrassant un paysage sonore plus spacieux dans sa première moitié, « Maintenance Mode » se concentre sur une introspection vocale émouvante, des touches de synthés bourdonnants et un courant sous-jacent luxuriant orchestral — puis se développant en une conclusion plus punchy et contagieuse. Le lyrisme du morceau transmet le conflit entre un monde moderne effréné et un besoin de ralentir. « Ma thérapeute continue de l’appeler « espace » et je continue de l’appeler « suspicion » », dit Geurts à propos du concept de « mode maintenance ». Elle continue : « Comme pourquoi rien ne brûle. Qu’est-ce que je suis censé faire de mes mains. »
La production, avec sa gamme d’atmosphériques rêveusement invitantes et son renforcement rythmique de la seconde moitié, s’associe à une emphase lyrique absorbante avec des lignes comme *Je pensais que je me sentirais plus légère, mais surtout je me sens non assignée*, incarnant l’exploration thématique de l’album, dépeignant avec art la stillness suspecte d’un système nerveux qui n’a pas encore rattrapé la sécurité de l’esprit. Il sert de représentation poignante de la phase de « maintenance », où l’absence de crise ressemble à une attente creuse et ennuyeuse pour que son propre corps finisse par croire que le travail est accompli.
Un autre morceau phare, « I Think I Deleted It », est exemplaire de la gamme vocale dynamique de Geurts et de son talent pour une sincérité émotive. « Je pense que je l’ai supprimé, je ne l’ai pas », lâche-t-elle dans le refrain, alternant sans heurt entre un spoken-word hushed et une présence chantante commandeuse, ses tons de synthés craquants et sa vibrance vocale escaladante se déplaçant surtout à l’approche du tournant de deux minutes. « Si tu as besoin de closure, tu peux aller chez IKEA et le construire toi-même », le morceau conclut avec mordant, capturant le refus de gérer le malaise d’un autre comme un acte nécessaire de préservation émotionnelle. Le finale de l’album « Still Here Though » est une dose finale cathartique de confiance en soi, explorant la nature répétitive d’exister sans public, délivrant la désorientation étrange de enfin agir sans être observé. Styé, mélodique et plein d’introspection captivante, *Maintenance Mode* est un accomplissement thorough de Melissa Geurts.