Avis – Mettre le Feu au Ciel

URNE : « Setting Fire to the Sky », un brasier de metal authentique et intemporel

Dans un paysage musical saturé de poses et de supercheries, où le metal commercial brille souvent par ses artifices, le trio britannique URNE se dresse comme un rempart d’honnêteté. Sans recourir à des gadgets ou à un cynisme facile, ce groupe a su forger son chemin avec une intelligence rare et un respect profond pour le genre. Leur premier album, Serpent & Spirit (2021), et sa suite magistrale A Feast on Sorrow (2023, produit par Joe Duplantier de Gojira), ont posé les bases d’un metal monumental : des riffs écrasants, des mélodies émouvantes, et un savant équilibre entre modernité audacieuse et bravoure old-school. Influences assumées comme Mastodon revisité, le post-metal atmosphérique, et les harmonies jumelles d’Iron Maiden ou du Black Sabbath de l’ère Dio, ces disques ont été salués comme des jalons contemporains par les vrais connaisseurs – ceux qui distinguent le métal pur de ses contrefaçons éphémères.

Pourtant, malgré un manque criant de battage médiatique, URNE n’a jamais ralenti. Leur troisième opus, Setting Fire to the Sky, propulse cette trajectoire encore plus loin, explorant des territoires inusités avec une invention intacte et une musculature renforcée. Le groupe, mené par le chanteur Joe Nally, le guitariste Angus Neyra et le batteur Tom Fell, avance en silence, mais son éclat devient irrésistible. Cet album n’est pas qu’un exercice de style ; c’est une déclaration de guerre aux tendances passagères, un feu qui consume les conventions pour révéler une essence brute et passionnée.

Une connexion viscérale à travers les morceaux

Contrairement à la majorité de leurs pairs, URNE compose des chansons qui cherchent avant tout le lien humain. Setting Fire to the Sky navigue avec finesse entre accessibilité aérienne et abysses compositionnels profonds. Même dans ses moments les plus primaux, où les necks snaps sont invités, l’agression n’est qu’un chapitre d’une histoire plus riche. L’ouverture, « Be Not Dismayed », en est le parfait exemple : une intro acoustique délicate, évoquant les classiques du metal des années 80, qui explose ensuite en un collage envoûtant de riffs tonitruants et de sentiments épiques portés par des mélodies. La voix de Nally, affinée au fil des albums, déploie une polyvalence et une puissance nouvelles, tandis que le solo de Neyra, magistral et inoubliable, tranche dans cette ère de riffs formatés.

L’album oscille entre épopées grandioses et pièces plus ramassées, toutes imprégnées d’une atmosphère cohérente et surprenante. « Weeping to the World » et « The Spirit, Alive » tranchent comme des lames de metal moderne, mêlant inclinaisons alt-metal et pureté old-school rebelle – des incontournables pour les lives, sans doute. Mais ce sont les plages plus expansives qui captivent le plus : le titre éponyme « Setting Fire to the Sky » déchaîne les riffs les plus vicieux du répertoire d’URNE, flirtant avec le thrash progressif tout en ourlant des hooks mélodiques qui mijotent comme des menaces spectrales sur les ruines du metalcore. Quant à « Harken the Waves » (avec Troy Sanders de Mastodon en guest), c’est une vitrine prog-metal libérée, où la voix rauque de Sanders attise les flammes d’une structure noueuse et instinctive. Ici, l’honnêteté du trio transparaît dans chaque enchevêtrement de riffs et dans la livraison vocale de Nally, exempte de clichés.

Des horizons anciens et une harmonie enflammée

« The Ancient Horizon » déverse un flot agile d’espoir et de désespoir, marié à des riffs brutaux et des mélodies de rebelles. « Towards the Harmony Hall » puise dans les racines old-school, tissant des guitares thrash avec une grandeur revigorante, ponctuée de tropes prog et de subtiles touches opethiennes entre explosions de bombast. Le clou du spectacle arrive avec la clôture « Breathe » (feat. Jo Quail), un climax poignant où le violoncelle impeccable de Quail apporte un tumulte texturé à une supplique introspective pour la sérénité mentale et un abri face à la tempête.

URNE maîtrise l’élégant comme l’éléphantesque, sans jamais verser dans le gratuit. Setting Fire to the Sky suinte de leur sang, de leurs voix et de leurs âmes – un metal taillé pour les esprits pressés comme pour ceux qui savourent un déploiement patient. Couvrant tous les fronts, le trio s’impose de plus en plus comme une force essentielle du paysage metal. Que le ciel s’embrase : nous pouvons tous nous réchauffer à sa lueur, le cœur empli d’espoir et les cornes levées.

Tracklist :

  1. Be Not Dismayed
  2. Weeping to the World
  3. The Spirit, Alive
  4. Setting Fire to the Sky
  5. The Ancient Horizon
  6. Towards the Harmony Hall
  7. Harken the Waves (feat. Troy Sanders)
  8. Breathe (feat. Jo Quail)

Sortie le [date non spécifiée dans le contenu original], Setting Fire to the Sky est disponible chez [label non mentionné]. Pour les fans de metal sincère, c’est un incendie à ne pas manquer. Écoutez et laissez-vous consumer.