Chronique : Bruno Mars, The Romantic
Bruno Mars fait un retour en solo après dix ans d’absence avec The Romantic, un opus mêlant soul des années 1970 et R&B aux accents latins, qui confirme l’attractivité persistante de sa pop rétro finement ciselée.
Si satisfaire les attentes du public relevait du délit, Bruno Mars mériterait une inculpation pour excès de populisme. La scène musicale compte de nombreux artistes romantiques, mais peu osent nommer leur album The Romantic – et encore moins ont le charisme scénique pour assumer pleinement cette audace. Ce projet marque sa première sortie individuelle depuis An Evening With Silk Sonic (2021), le duo rétro R&B partagé avec Anderson .Paak, et son premier album solo pur depuis le blockbuster 24K Magic (2016). Cela fait une décennie que ce dernier nous avait gratifiés de tubes comme « That’s What I Like » et « Versace on the Floor ». Avec The Romantic, Mars vise à affirmer que sa pop vintage, taillée au millimètre, demeure éternellement captivante et charmeuse.
Ces derniers mois, l’artiste chevauche une série de triomphes planétaires : « APT » en duo avec Rosé et « Die With a Smile » aux côtés de Lady Gaga, tous deux partis en tête des classements. Le premier extrait de The Romantic, « I Just Might », a emprunté la même voie fulgurante. Ce morceau disco enivrant puise dans les classiques des années 1970 signés KC & the Sunshine Band ou Hot Chocolate. Mars y aborde un questionnement existentiel léger : « À quoi sert la beauté si tes courbes ne suivent pas le rythme ? » C’est à peu près l’apogée de sa réflexion philosophique – et dans un univers pop souvent gonflé d’emphase, cette simplicité lui sied à ravir.
De l’effervescence disco aux romances en douceur
Ce hit dansant effréné représente le summum de la gourmandise sucrée sur l’album. En phase avec son intitulé, The Romantic se compose principalement de vastes ballades où Mars joue les crooners énamourés, offrant des fleurs virtuelles. « Je traverserais les flammes rien que pour être à tes côtés », implore-t-il dans « Risk It All », une déclaration acoustique opulente teintée de boléro cubain. Et ce n’est même pas l’un des moments les plus extravagants. Là où 24K Magic puisait dans la nostalgie des années 1980, cet opus remonte aux sources des seventies, flirtant avec la soul explorée aux côtés de .Paak sur Silk Sonic. Si un voleur s’emparait de vos vinyles de Marvin Gaye ou de War, cet album serait l’antidote idéal pour surmonter la perte.
Influences latines et âme aux yeux bruns
« Cha Cha Cha » et « Something Serious » rendent hommage aux rythmes chaleureux et aux mélodies vocales veloutées de la brown-eyed soul, ce R&B d’inspiration latine qui a éclos en Californie du Sud à la fin des années 1960 et au début des 1970 – le deuxième titre évoquant une balade urbaine à la « Oye Como Va », dans l’éclat d’une lowrider rutilante. Sur « God Was Showing Off », l’ensemble entame un compte à rebours en espagnol avant de s’immerger dans une ballade grandiose où Mars s’agenouille devant sa bien-aimée providentielle. « Oh My Soul » déploie des guitares incisives à la Ernie Isley sur un beat tendu, boosté par des congas, pendant que Mars s’envole avec aisance dans un falsetto paradisiaque.
Ces clins d’œil honorent avec finesse les racines portoricaines de l’artiste et raniment habilement les sons emblématiques des seventies, en harmonie avec l’essor actuel de la pop latine sur la scène mondiale. Compte tenu de la place dominante de Mars au cœur des tendances populaires aux États-Unis, cette approche revêt même un subtil enjeu culturel.
Une demi-heure de soul authentique et vulnérable
L’album s’achève sur deux lents : « Nothing Left », une interprétation vocale colossale et poignante, et « Dance With Me », une valse motown délicate sur la reprise d’un amour en péril. Toutes ces hommages old school sont réalisés avec une précision irréprochable. Mars est du genre à fouiller les moindres détails, comme le type de peaux de congas employé lors d’enregistrements spécifiques de Curtis Mayfield, pour capturer l’essence exacte d’une époque.
Sa voix, son implication émotionnelle – tout est servi avec une intensité slam, comme si chaque piste était le climax d’un show final. Pourquoi en faire des tonnes ? Voici trente minutes de musique authentique, taillées pour émerveiller l’auditoire – et nous éclairer un brin par la même occasion.
