DAVE MUSTAINE : « J’aime » JAMES HETFIELD ET LARS ULRICH, « Nous travaillons constamment à améliorer notre relation »

Dave Mustaine boucle la boucle : hommage à Metallica sur le dernier album de Megadeth

Dans une interview récente accordée à SPIN.com, Dave Mustaine, le fondateur et leader de Megadeth, s’est confié sur son choix audacieux d’inclure sa propre version du titre emblématique Ride The Lightning sur l’album final du groupe, sobrement intitulé Megadeth. Ce morceau, extrait de l’album éponyme de Metallica sorti en 1984, porte la signature co-écrite de Mustaine, qui avait quitté la formation un an plus tôt. Par cette reprise revisitée, le guitariste légendaire semble vouloir clore un chapitre tumultueux de sa carrière, en rendant hommage à ses anciens complices.

« C’était pour boucler la boucle et rendre hommage à mes partenaires, James [Hetfield] et Lars [Ulrich] », explique Mustaine avec une sincérité palpable. « Je voulais clarifier les choses pour tous ceux qui en doutent : James est un guitariste exceptionnel, et Lars un excellent parolier. J’ai toujours pensé cela. Ce n’était pas une simple reprise, car je l’ai écrit avec James ; c’était notre création. » Loin d’un simple exercice nostalgique, cette piste accélérée et renforcée sur certains passages reflète la philosophie de Mustaine : « Quand on reprend un morceau d’un autre – même si c’est d’un ancien groupe – il faut le faire aussi bien, voire mieux. »

L’idée est venue lors d’une discussion avec son management. « Ils m’ont suggéré Ride The Lightning. Au début, j’ai trouvé ça étrange, mais en y réfléchissant, ça s’est imposé comme une évidence », confie-t-il. Sur cet album sorti le 23 janvier 2026 via le label Tradecraft en partenariat avec Frontiers Label Group, Mustaine et son guitariste Teemu Mäntysaari ont joué avec le tempo et le solo, tout en conservant l’essence du morceau co-écrit avec Hetfield, Ulrich et le regretté Cliff Burton. « Écouter la performance vocale originale de James était impressionnant », ajoute-t-il, soulignant le respect mutuel qui s’est installé au fil des ans malgré les différends passés.

Aujourd’hui, Mustaine se dit « à l’aise » avec Metallica. « James et moi parlons souvent, et je lui ai dit : il y a ta version, la mienne, et la vérité. La vérité est la seule qui compte, car on n’a pas tout en mémoire », relate-t-il. Cette réconciliation progressive, forgée par le temps, est palpable : « On travaille constamment à améliorer nos relations. Je les aime vraiment, ces gars. C’est pour ça qu’on s’est tant disputés – par manque. Quitter le groupe était impensable. » À l’approche de la cinquantaine avancée, Mustaine philosophe : « Je suis sur la descente de la montagne. Je veux que chaque jour compte, et ne pas être odieux avec les gens qui ne le méritent pas. »

Les origines d’une rivalité légendaire

Pour comprendre ce geste symbolique, il faut remonter aux débuts de Metallica, fin des années 1970. Mustaine rejoint le groupe en 1981 via une petite annonce dans le journal The Recycler, un modeste magazine de petites annonces californien. « J’aimais Motörhead et Budgie, une formation galloise obscure », raconte-t-il dans une interview de trois heures avec l’ancien Navy SEAL Shawn Ryan. Cette passion pour le New Wave of British Heavy Metal impressionne Lars Ulrich, qui l’invite à auditionner. Lors de la répétition chez le bassiste Ron McGovney, Mustaine impressionne tant qu’il est engagé sans même jouer un morceau complet. « J’ai posé ma guitare et ils m’ont dit : ‘T’as le job.’ »

Les premiers jours sont exaltants. Mustaine se souvient d’un premier concert dans une école, où il endosse déjà le rôle de protecteur du groupe face aux bagarres. Mais les tensions montent vite. L’alcool coule à flots – d’où le surnom ironique « Alcoholica » –, et Mustaine, connu pour son tempérament explosif, est souvent au centre des conflits. Un incident marquant : une rixe avec James Hetfield après que ce dernier a donné un coup de pied à son chiot lors d’une répétition. « J’ai frappé James et projeté Ron dans son téléviseur », avoue-t-il sans fard. Une autre fois, lors d’une intervention pour défendre une femme agressée à San Francisco, Mustaine neutralise l’assaillant sous les encouragements de Hetfield, qui le désigne comme le « tueur ».

Le point de non-retour survient en 1983 lors d’un road trip chaotique vers New York pour signer avec Jonny Zazula de Megaforce Records. Un accident de camion sur glace noire – que Mustaine conduit – frôle la tragédie : il sauve la vie du technicien Mark Whitaker d’un camion fou. Mais James et Lars, lassés des excès de Mustaine, le licencient sans préavis après deux shows. « Pas d’avertissement ? C’était injuste, un manque de caractère flagrant », lâche-t-il. Rentré à Los Angeles, il jure de ne plus laisser utiliser sa musique, pourtant, des riffs comme ceux de Ride The Lightning, The Call of Ktulu, Phantom Lord ou Metal Militia finissent sur Kill ‘Em All et Ride the Lightning, sans crédit équitable à ses yeux.

Songwriting et rancunes persistantes

Mustaine n’a de cesse de revendiquer sa part créative. « J’ai écrit chaque note de Metal Militia et Phantom Lord avec James, mais Lars s’attribue 10 % sur l’album », dénonce-t-il. Dans les années 2010, des discussions pour une réédition enrichie de la démo No Life ‘Til Leather (1982) capotent sur ces questions de droits. « James voulait officialiser 27 pistes, mais Lars réclamait des crédits sur des chansons que j’ai composées seul. J’ai refusé », explique-t-il en 2022 à Songfacts. Ulrich, de son côté, évoque en 2016 des « difficultés légales imprévues » sans entrer dans les détails, préférant avancer sur d’autres rééditions comme Kill ‘Em All.

Malgré tout, Mustaine garde une admiration pour ses ex-camarades. « James est passé de chanteur à une force de la nature à la guitare. Ses riffs ont changé le monde », admet-il dans Rolling Stone. Et pour Lars : « Il est un super arrangeur. J’ai vu l’intro de Master of Puppets naître sur une guitare acoustique pourrie. » Absent de l’induction de Metallica au Rock and Roll Hall of Fame en 2009 – Ulrich justifiant que Mustaine n’a joué sur aucun album –, il n’envisage plus la rancune comme moteur. « J’aimerais collaborer à nouveau avec James. Le vrai talent de Metallica, c’est la guitare. »

Avec Megadeth, Mustaine tire un trait poétique sur ces quarante ans de feu et de fureur. « Nos intentions étaient pures. C’est du respect, rien de plus », conclut-il. Un album final qui, loin des regrets, célèbre les racines d’un géant du thrash metal.