Megadeth, « Megadeth » — Chronique piste par piste de l’album

Chronique : L’album final de Megadeth, un adieu retentissant

Le rideau tombe sur l’ère studio de Megadeth avec la sortie de leur album éponyme, Megadeth. Cette annonce n’est pas une totale surprise : depuis des années, des rumeurs circulaient sur un possible chant du cygne, et Dave Mustaine, le leader emblématique, a lui-même confirmé que ce disque serait le dernier, précédant une tournée d’adieu marathon. Dès les premières notes, ce poids émotionnel et historique imprègne l’ensemble, transformant l’écoute en un moment chargé de nostalgie et d’espérance.

La formation actuelle de Megadeth reste un atout majeur. Mustaine a toujours su s’entourer de musiciens talentueux, et ici, la machine tourne à plein régime. Mais la grande question demeure : ce line-up parviendra-t-il à raviver la flamme des chefs-d’œuvre comme Rust in Peace ou Countdown to Extinction ? Ou bien Mustaine optera-t-il pour des expérimentations, parfois géniales comme sur Cryptic Writings, parfois maladroites comme sur le controversé Super Collider ? Évaluer ce nouveau matériel sous l’ombre de ces classiques passés n’est pas une mince affaire.

Une plongée dans les morceaux phares

Les singles précurseurs donnent un aperçu fidèle du ton général. Des titres comme « Tipping Point » et « Let There Be Shred » filent à vive allure, avec une rythmique impeccable et des solos endiablés. Ils ne détrôneront pas des hymnes tels que « Holy Wars… The Punishment Due » ou « Wake Up Dead », mais ils incarnent un Megadeth tardif solide et fiable. En revanche, « I Don’t Care ! » déçoit un peu : ce clin d’œil à l’ère Peace Sells… But Who’s Buying ? mise sur une basse proéminente et une agressivité venimeuse, mais les paroles paraissent convenues et redondantes, sans réelle nouveauté pour impressionner.

L’album balaie l’ensemble de la carrière du groupe. « Hey God » puise dans le thrash des débuts des années 90, évoquant directement Countdown to Extinction, avec Teemu Mäntysaari qui honore dignement le rôle laissé vacant par Marty Friedman. « Puppet Parade » suit la formule mid-tempo signature de Mustaine : des couplets parlés, un pont imprégné de blues et des solos ludiques qui apportent une touche de fraîcheur. Des morceaux comme « Another Bad Day » et « I Am War » misent davantage sur le groove que sur l’inspiration pure ; ils sont corrects, mais peu susceptibles d’intégrer les setlists live de manière durable.

Le thrash refait surface avec brio sur « Made to Kill », où la section rythmique emmenée par James LoMenzo et Dirk Verbeuren assure une base inébranlable, tandis que les solos crissent, bourdonnent et déchirant l’air comme à l’accoutumée. « Obey the Call » brille par ses interventions guitaristiques virtuoses, alternant les prouesses rapides de Mustaine et de Mäntysaari. Le morceau de clôture principal, « The Last Note », est sans doute le plus marquant : il s’ouvre sur une intro semi-acoustique introspective avant de basculer dans un shredding traditionnel, avec Mustaine qui jette un regard honnête et poignant sur sa trajectoire. C’est l’instant le plus ambitieux et émouvant de l’opus.

Le bonus track symbolique : « Ride the Lightning »

En bonus, une reprise du classique de Metallica « Ride the Lightning » – coécrit par Mustaine lui-même – clôture l’album de manière poignante. Fidèle à l’original, elle gagne en vitesse et s’enrichit d’un solo inédit. Ce choix est hautement symbolique : comme un retour aux sources, Mustaine semble boucler la boucle en rendant hommage à son passage chez Metallica, à l’image de la façon dont Killing Is My Business… and Business Is Good ! s’ouvrait sur « The Mechanix ». Pas indispensable en soi, cette piste s’intègre parfaitement au contexte d’un adieu.

Un au revoir magistral et vibrant

Au final, cet album Megadeth s’impose comme un adieu exceptionnel. De la première à la dernière piste, il démontre qu’un feu intérieur anime encore le groupe, et que son meneur n’hésite pas à embrasser l’essence même qui définit Megadeth. Joie, colère, réflexion : toutes les émotions qui ont porté le thrash metal du combo au fil des décennies sont présentes, dans un cocktail bruyant, lourd et sincère.

Loin d’être un simple point final, ce disque est une célébration en règle de l’héritage colossal du groupe. C’est un au revoir magnifique, que les fans chériront et revisiteront inlassablement, bien après la fin de la tournée d’adieu. Megadeth tire sa révérence en beauté, laissant une empreinte indélébile sur le paysage du metal.