Santeri Kallio d’Amorphis comprend pourquoi les artistes utilisent l’IA pour créer des clips : « On peut économiser de l’argent et du temps »

Amorphis face à l’intelligence artificielle : entre innovation et authenticité humaine

Dans un monde où l’intelligence artificielle (IA) envahit de plus en plus les domaines créatifs, le groupe finlandais Amorphis, pilier du metal progressif mélancolique, apporte un éclairage nuancé sur son utilisation dans la musique. Lors d’une récente interview accordée à Metal Covenant, le guitariste Esa Holopainen et le claviériste Santeri Kallio ont partagé leurs réflexions sur ces outils basés sur des algorithmes d’IA et des modèles d’apprentissage automatique (ML), capables de générer mélodies, harmonies et même rimes.

Pour Santeri Kallio, l’IA n’est pas intrinsèquement problématique, mais elle mérite de la prudence. « Je ne vois rien de mal à cela », explique-t-il. « On doit juste faire attention de ne pas l’utiliser à outrance, car pour l’instant, l’IA recycle souvent les mêmes thèmes pour tout le monde. Mais, par exemple, pour les clips vidéo, c’est une aubaine. Les budgets diminuent avec les ventes de disques en berne et les plateformes de streaming, qui ne rapportent plus grand-chose aux groupes. L’IA permet d’économiser du temps et de l’argent, et les résultats sont parfois bluffants visuellement. » Il tempère toutefois son enthousiasme : « Pour les pochettes d’albums et ce genre de choses, non, ça ne rime à rien. Ça manque cruellement de personnalité. »

Esa Holopainen renchérit en évoquant ses expériences personnelles avec ces technologies. « Beaucoup de gens ont joué avec l’IA, en lui demandant de dessiner ceci ou cela, et on obtient des œuvres fantastiques, comme de l’art fantasy », note-t-il. Santeri ajoute que les groupes de fantasy évitent généralement l’IA pour les grandes productions impliquant dragons et loups, mais qu’à petite échelle, elle excelle pour créer des atmosphères immersives, comme une tempête de neige en quelques clics.

Mais au-delà des aspects pratiques, les deux musiciens expriment des réserves plus profondes. Esa Holopainen va même jusqu’à plaisanter : « Rien à voir avec la musique, mais globalement, l’IA, c’est une idée terrifiante. Elle pourrait bien mener le monde à sa perte ! » Santeri Kallio, fidèle à son esprit old-school, confie n’avoir jamais testé les logiciels d’IA musicale. « Mon plus grand plaisir dans la vie, c’est de créer moi-même, avec enthousiasme. J’ai grandi dans les années 80, et j’ai appris que c’est la partie la plus fun. Pourquoi s’en priver pour de l’IA ? Je comprends les plus jeunes, qui verront le monde différemment dans 20 ans. Personnellement, rien ne vaut de prendre une guitare, de composer une chanson, de jammer avec les potes et de jouer en live. C’est l’essence même du plaisir, et l’IA ne devrait pas le détruire. »

Ce débat fait écho aux propos tenus en septembre dernier par le chanteur Tomi Joutsen dans une interview à Altnote avec Jovan Ristić. « Honnêtement, je ne sais pas jusqu’où vont les machines aujourd’hui », admet-il. « Tout le monde préfère entendre des amplis réels, des guitares vraies, des vraies batteries, mais de nos jours, les plugins et les ordinateurs sont partout. L’art n’est plus si pur, si on y pense. Les ordinateurs peuvent inspirer, et si quelqu’un veut tout faire avec des programmes, ça me va. Mais pour moi, l’art pur vient des humains, pas des machines. Elles ne peuvent pas créer de vraies émotions. Elles ne comprennent pas ce que c’est d’aimer, de haïr ou de souffrir. Pour quelque chose d’unique et d’authentique, il faut ces émotions humaines. »

Ces réflexions interviennent alors qu’Amorphis sort son quinzième album studio, Borderland, paru en septembre. Successeur de Halo (2022), cet opus a été enregistré fin 2024 et début 2025 aux Hansen Studios de Ribe, au Danemark, sous la houlette du producteur Jacob Hansen (Volbeat, Arch Enemy, Amaranthe). La pochette, signée par l’artiste néerlandais Marald Van Haasteren (qui a travaillé pour Metallica, Black Sabbath, Kvelertak et Alcest), incarne parfaitement l’identité visuelle du groupe : une fusion d’éléments fantastiques et mélancoliques, sans trace d’IA.

Formé en 1990 à Helsinki, Amorphis a toujours repoussé les limites du metal, évoluant des racines death metal brut aux horizons progressifs, mélodiques et folkloriques, sans jamais trahir son âme. Sextet composé de Tomi Joutsen (chant), Esa Holopainen (guitares), Tomi Koivusaari (guitares), Olli-Pekka « Oppu » Laine (basse), Santeri Kallio (claviers) et Jan Rechberger (batterie et percussions), le groupe continue d’explorer de nouveaux territoires sonores sur Borderland. Avec Hansen aux manettes, Amorphis renforce ses mélodies envoûtantes tout en s’aventurant dans des paysages inédits, prouvant que l’innovation véritable naît de l’humain.

Crédit photo : Sam Jamsen

En somme, pour Amorphis, l’IA est un outil utile en appoint, mais l’essence de la musique reste ancrée dans l’émotion et la création artisanale. Un message qui résonne dans un univers musical en pleine mutation.