YUNGBLUD – Idols II
Il y a quelques mois, nous notaient que l’album Idols représentait un virage décisif pour YUNGBLUD. Une rupture avec ce personnage exubérant, omniprésent et alourdi par ses propres emblèmes. Un opus de transition où Dominic Harrison se détourne littéralement de son nom de scène sur la couverture, symbole d’une émancipation créative. Idols II ne remet pas en cause ce choix : il le concrétise pleinement.
Une transformation profonde sur les plans musical et artistique
Si Idols inaugurait son récit avec éclat – un “Hello Heaven, Hello” spectaculaire d’almost neuf minutes –, Idols II s’ouvre sur un souffle discret. Même cadre désertique, même atmosphère, mais une tonalité lumineuse inédite. Le premier volet disséquait la désillusion ; celui-ci explore les suites : le vide subsistant après l’effondrement des idoles, lorsque l’apparence cesse de servir de bouclier.
Comme dans le précédent, YUNGBLUD invoque ses influences spectrales – Pink Floyd, U2, Queen, l’essence du britpop – pour mieux mettre en lumière ce qu’il entend rejeter : le fardeau des figures emblématiques et les exigences écrasantes du public.
Le duo d’albums se complète harmonieusement
Le timbre intimiste de “I Need You (To Make The World Seem Fine)” pose une ambiance de confidence, presque murmurée. Ses vocalises imparfaites, sciemment rugueuses, contrastent avec l’ampleur symphonique de “Hello Heaven, Hello”. La nouvelle version de “Zombie”, enrichie par Billy Corgan, approfondit les sentiments du premier tome. Plus âpre, plus imprégné de grunge, elle conserve toutefois cette retenue qui animait déjà l’original. À l’opposé, “The Postman” injecte cette dose d’excentricité adorée par Harrison et son audience : un folk-rock enlevé et teinté de britpop.
La puissance d’Idols II réside moins dans ses orientations novatrices que dans sa façon d’achever l’édifice esquissé. “War Pt. II” fait écho à “War” comme la délivrance succède à la lutte. Là où YUNGBLUD hurlait pour s’imposer, il exprime maintenant pour vibrer intérieurement.
On y retrouve aussi cette aspiration, soulignée dans notre analyse du premier volume, à réinvestir le rock d’un rôle narratif où l’on révèle son identité une fois les masques ôtés. “Blueberry Hill”, petit opéra étincelant, incarne cette vision : grandiose mais authentique, emphatique sans vide.
Une clôture qui boucle un chapitre, non une simple incise
Si Idols se distinguait par sa vitalité brute et humaine, Idols II s’illustre par sa sérénité accomplie. “Suburban Requiem”, instant de partage intense, reprend le fil là où “Ghosts” s’était arrêté : un esprit communautaire et un rythme épique qui n’éludent jamais l’intimité émotionnelle. C’est l’une des pièces les plus marquantes des deux opus combinés, celle qui permet à ce tandem de s’achever avec grâce, ampleur et limpidité.
En liant Idols II à son aîné, l’ambition véritable de YUNGBLUD s’éclaire : le premier brisait les illusions et les façades. Le second dévoile ce qui se cache au-delà, pour mieux révéler la personnalité de l’artiste.
Ce tandem n’est pas exempt de failles, car YUNGBLUD y abandonne le personnage et les artifices pour se montrer en créateur nu et direct. Idols et Idols II ne réinventent pas le rock ; ils redessinent Dominic Harrison.
Notre sélection : Zombie, War Pt. II, Blueberry Hill
