BTS réussit son retour avec « Arirang » : la critique de Rolling Stone

Critique : BTS Arirang, un retour triomphal aux racines

Le comeback le plus épique de la pop mondiale est enfin là. Avec BTS Arirang, le groupe sud-coréen signe son premier album complet de nouveaux morceaux depuis presque quatre ans. Les admirateurs planétaires ont patienté avec impatience pendant que les sept intégrants – RM, Jin, Suga, J-Hope, Jimin, V et Jung Kook – remplissaient leur devoir militaire en Corée du Sud. Aujourd’hui, les souverains de la scène musicale sont réunis et prêts à reconquérir leur trône de phénomènes pop internationaux. BTS Arirang respire une confiance inébranlable, marquant une reprise en fanfare de leur domination globale. Le précédent opus de titres originaux, Be, datait de novembre 2020, mais cette mouture exhale un optimisme débordant : quatorze pistes produites par des talents comme Diplo, Flume, Ryan Tedder, Kevin Parker de Tame Impala, Mike WiLL Made-It et JPEGMAFIA. L’ouverture avec l’hymne « Body to Body » pose les bases, en mêlant un air folklorique coréen traditionnel tout en exhortant : « I need the whole stadium to jump ! »

Les explorations solo qui ont mûri leurs talents

Pendant leur hiatus, chaque membre de BTS a maintenu une activité musicale intense, en creusant leurs identités personnelles et en osant des approches artistiques audacieuses. Jimin a navigué dans une pop fluide et veloutée via Muse, tandis que RM est retourné à ses origines underground, explorant des nuances soul avec des collaborations comme celles avec Erykah Badu et Anderson .Paak sur Indigo, ou Moses Sumney sur Right Place, Wrong Person. Sous le nom Agust D, Suga a livré D-Day, incluant le profond « Haegeum ». Jung Kook a uni ses forces à Latto et Jack Harlow pour Golden, J-Hope a révélé une énergie brute sur Jack in the Box et sa série documentaire de danse urbaine Hope on the Street. V s’est tourné vers des standards jazz intimistes et émouvants sur Layover. Enfin, Jin a célébré une phase glam-rock sophistiquée, avec une touche rock’n’roll sur « Worldwide Handsome » dans Echo. Ces ventures étaient des expressions pures de passion, loin des compromis commerciaux, issues d’artistes affirmés qui forgent leur voie indépendante.

BTS Arirang : un hommage vibrant à l’héritage coréen

Sur Arirang, le septuor démontre une unité retrouvée, en célébrant leur essence collective et, avant tout, leur héritage sud-coréen. Le titre de l’album évoque un chant folklorique emblématique, immortalisé dès les années 1890 par des étudiants coréens exilés aux États-Unis. Avant l’essor de la K-pop, c’était la mélodie coréenne la plus renommée à l’étranger – un hymne de tristesse et de rébellion, indissociable de l’histoire du pays au XXe siècle. Cette partition réapparaît dans les dernières secondes de « Body to Body », soutenue par des rythmes ancestraux coréens, fusionnant avec force le passé et le présent dans l’univers sonore de BTS. Ce choix symbolise leur stratégie victorieuse : refuser toute assimilation forcée de leur culture coréenne lors de leur conquête planétaire. Contre les conseils de l’industrie, ils ont écarté les formules pop en anglais pour dominer les charts américains sur leurs termes, devenant des icônes de stades sans concessions. Au cœur de l’album, un interlude captivant : le son de la cloche sacrée du roi Seongdeok, ou cloche Emille, un joyau national en bronze pesant près de 19 tonnes, forgé il y a plus de 1 200 ans. Sa résonance, audible jusqu’à 40 kilomètres, retentit ici pendant deux minutes en un unique coup – une affirmation solennelle et résonnante.

Première partie : un hip-hop dominateur et effronté

RM a co-produit tous les tracks sauf l’interlude, et l’ensemble du groupe y appose ses signatures en écriture et production. La première section défile au rythme d’uptempos hip-hop imprégnés d’arrogance, annonçant un retour en conquérants. « FYA » ouvre le bal avec des refrains percutants : « Club go psycho / Might take you viral / I go full Thriller tonight » ou « Club go crazy / Like Britney, baby / Hit me with it one more time ! ». Le momentum se poursuit dans « Aliens » (un regard amusé sur leur vie de Coréens à l’étranger), « Hooligan » (avec El Guincho, habitué de Rosalía et Charli XCX), ou « 2.0 », célébrant leur ère renouvelée. « They Don’t Know ‘Bout Us » défie avec « You said we changed? We feel the same », et « Normal » proclame « Kerosene, dopamine, what I gotta do? We call this shit normal ! ».

Deuxième partie : des expérimentations audacieuses

La seconde moitié s’ouvre à des horizons artistiques plus novateurs. « Swim » est une ballade synth-pop amoureuse, évoquant l’immersion dans des sentiments labyrinthiques et l’écrasement par l’inconnu – un écho aux appréhensions du groupe face à leur retour en scène. « One More Night » représente le sommet d’audace, un hit forgé par Diplo avec un orgue psychédélique flottant sur un beat house des années 90 précoces, évoquant une fusion festive entre Stereolab, Neu! et Robin S en club. « Please » glisse vers un R&B des 90s teinté de jazz. « Merry Go Round » offre le creux mélancolique, une complainte electro-pop nébuleuse avec Kevin Parker de Tame Impala, sur les cycles émotionnels piégés et insurmontables. « My life is like a broken roller coaster », déplorent-ils, en deuil d’une liaison rompue et en écho aux tourbillons de leur vie de groupe. « Like Animals » libère une énergie joueuse et sauvage, sur une boucle guitare rock acoustique aux accents gothiques 80s – rappelant Love and Rockets de l’ère Earth, Sun, Moon. Les lignes les plus suggestives y pullulent : « We can go all night », lance Jung Kook, et Jimin renchérit : « If you wanna be animals / Baby, we can be animals. » Le tout culmine en un solo guitare enragé.

Un ensemble uni, plus puissant que jamais

Arirang s’achève en apothéose joyeuse avec « Into the Sun », des vocaux harmonisés et altérés numériquement sur une guitare blues à la Bieber. C’est une déclaration d’amour au public, en miroir de « Moon », où toutes les voix fusionnent pour entonner « I’ll follow you into the sun, into the sun, into the sun ! ». Ironie du sort, leur pause a permis au monde de découvrir ces sept artistes comme jamais, en solo : de Jin épousant un thon en plaisanterie, à J-Hope en cowboy criant « Howdy, y’all ! » lors d’un show à San Antonio (inspiré de Bob l’éponge). Chacun a profité de ce temps pour s’aventurer seul dans l’inconnu. Désormais, ils ramènent ces richesses individuelles au cœur du collectif originel. La puissance de BTS Arirang réside là : sept timbres distincts, harmonisés en une force collective invincible.