The Damned – Not Like Everybody Else

Le groupe emblématique du punk britannique The Damned fait son grand retour avec Not Like Everybody Else, un opus de reprises intimiste consacré à la mémoire de son guitariste fondateur, Brian James.

Repose en punk

Le 6 mars 2025, la disparition de Brian James, guitariste et cofondateur des Damned, a profondément marqué le monde du punk. Considéré comme le véritable déclencheur du mouvement punk au Royaume-Uni, il a été salué par de nombreuses icônes de l’époque, dont Paul Simonon de The Clash et Billy Idol de Generation X.
Bien qu’il ait quitté The Damned en 1977, Brian James demeurait le principal artisan des premiers succès du groupe. Décrit comme « le véritable génie des Damned » par son complice Captain Sensible, il est surtout crédité pour des classiques comme « New Rose », premier single punk historique sorti en 1976.
Pour rendre hommage à leur ancien partenaire, les membres survivants du groupe se sont associés pour produire un album chargé d’émotion. Dave Vanian au chant et Captain Sensible à la guitare sont accompagnés du claviériste fidèle Monty Oxymoron, ainsi que du batteur Rat Scabies, qui réintègre le studio après 40 ans d’absence. Une occasion de raviver l’énergie viscérale qui avait lancé le tout.

Un hommage original

Afin de célébrer son legs, The Damned a opté pour une réinterprétation de dix titres qui ont le plus influencé Brian James et son cheminement artistique. Not Like Everybody Else honore ainsi le guitariste tout en soulignant les influences qui ont modelé le groupe. En puisant dans les pépites rock des années 60, les musiciens revisitent des perles de The Yardbirds aux Kinks, en privilégiant des choix plus intimes plutôt que les grands succès grand public.
Parmi ces versions, la reprise de « See Emily Play » de Pink Floyd sort du lot. Ce morceau psychédélique de l’ère Syd Barrett semble à l’opposé de l’esprit punk des Damned, mais il figurait parmi les favoris de Brian. Interprétée avec les voix de Dave et Captain Sensible, et des claviers joués sur un orgue électrique ancien, cette adaptation capture fidèlement l’essence originelle. Un contraste audacieux, mais pleinement réussi.
L’album regorge aussi de pistes dynamiques, comme le rock classique « You Must Be A Witch » des Weeds, ou « When I Was Young » des Animals, transformé en un pur son garage punk. La version abrasive de « Making Time » de The Creation s’harmonise à merveille avec leur style et redonne vie au titre de 1966.
La touche de Monty brille sur « Summer In The City » des Lovin’ Spoonful, où ses solos au clavier ajoutent une profondeur inédite à l’original.
En revanche, l’interprétation de « Gimme Danger » des Stooges divise un peu. Le choix est logique, vu les liens entre Brian James et Iggy Pop, mais défier les Stooges reste un exercice risqué. La voix ténébreuse de Dave Vanian y injecte une vibe glam gothique, pourtant il est ardu de rivaliser avec la puissance brute de la version de base.

L’ultime tribut

Pour clore en beauté, l’album s’achève sur « The Last Time », un montage d’extraits live joués par Brian James en personne. Ce titre des Rolling Stones, déjà revisité en 1986 lors des enregistrements de Anything, ferme idéalement ce projet hommage, avec un message émouvant : un salut dédié à Brian James « sans qui rien n’aurait été possible ce soir ».
Malgré le temps écoulé, The Damned garde une cohésion magique. Avec Not Like Everybody Else, ils offrent un tribute vibrant et sincère à leur fondateur, tel un legs posthume porté par ses vieux complices. La couverture aux couleurs vives en témoigne : un Brian figé dans la jeunesse, entouré de ses camarades qui perpétuent l’étincelle musicale.

Notre sélection : See Emily Play, Making Time, The Last Time